En France, les droits de succession représentent souvent la première préoccupation des familles au moment d'un héritage. Combien vais-je payer ? Existe-t-il des exonérations ? Peut-on réduire légalement la facture ? Ce guide complet répond à toutes ces questions avec les chiffres 2026.
Qu'est-ce que les droits de succession ?
Les droits de succession sont des impôts prélevés par l'État sur la transmission d'un patrimoine au moment du décès. Chaque héritier paie individuellement, en fonction de ce qu'il reçoit et de son lien de parenté avec le défunt.
Ils se calculent en trois étapes :
- Déterminer l'actif net successoral (patrimoine total - dettes)
- Appliquer les abattements selon le lien de parenté
- Appliquer le barème progressif sur la part taxable
Les abattements en 2026
L'abattement est la somme que vous pouvez recevoir sans payer de droits. Il se renouvelle tous les 15 ans.
| Lien de parenté | Abattement |
|---|---|
| Enfant (ou parent) | 100 000 € |
| Conjoint / partenaire PACS | Exonération totale |
| Frère ou sœur | 15 932 € |
| Neveu ou nièce | 7 967 € |
| Handicapé (tout lien) | + 159 325 € supplémentaires |
| Autre (non-parent) | 1 594 € |
Exemple : Vous héritez de 150 000 € de votre père. Abattement de 100 000 €, vous êtes imposé sur 50 000 €.
Le barème des droits de succession 2026
Entre parents en ligne directe (enfants, parents, petits-enfants)
| Part taxable | Taux |
|---|---|
| Jusqu'à 8 072 € | 5 % |
| De 8 072 € à 12 109 € | 10 % |
| De 12 109 € à 15 932 € | 15 % |
| De 15 932 € à 552 324 € | 20 % |
| De 552 324 € à 902 838 € | 30 % |
| De 902 838 € à 1 805 677 € | 40 % |
| Au-delà de 1 805 677 € | 45 % |
Entre frères et sœurs
| Part taxable | Taux |
|---|---|
| Jusqu'à 24 430 € | 35 % |
| Au-delà de 24 430 € | 45 % |
Entre non-parents (concubin, ami...)
Taux fixe de 60 % après l'abattement de 1 594 €. C'est le taux le plus élevé — et la principale raison pour laquelle les couples non mariés ont tout intérêt à se marier ou à se pacser.
Comment calculer les droits pas à pas
Prenons un exemple concret : votre mère décède et vous laisse une maison et des économies, soit 220 000 € net.
Étape 1 — Abattement enfant 220 000 € − 100 000 € = 120 000 € taxables
Étape 2 — Application du barème
- 5 % sur 8 072 € = 403,60 €
- 10 % sur 4 037 € (de 8 072 à 12 109) = 403,70 €
- 15 % sur 3 823 € (de 12 109 à 15 932) = 573,45 €
- 20 % sur 104 068 € (de 15 932 à 120 000) = 20 813,60 €
Total des droits à payer : environ 22 194 €
Soit environ 10 % de la part reçue — bien loin du fantasme populaire des "50 % de droits de succession".
Cas particuliers importants
Le conjoint survivant est totalement exonéré
Depuis la loi TEPA de 2007, le conjoint marié ou partenaire de PACS ne paie aucun droit de succession, quelle que soit la valeur de l'héritage. C'est l'une des protections patrimoniales les plus fortes du droit français.
Le concubin, en revanche, est traité comme un étranger : il paie 60 % après un abattement de seulement 1 594 €.
L'assurance-vie échappe (en partie) aux droits de succession
Les capitaux versés au titre d'une assurance-vie bénéficient d'un régime fiscal distinct :
- Primes versées avant 70 ans : abattement de 152 500 € par bénéficiaire, puis 20 % jusqu'à 700 000 €, puis 31,25 %
- Primes versées après 70 ans : abattement global de 30 500 €, puis droits de succession classiques
C'est l'un des outils les plus efficaces pour transmettre un capital hors succession.
La résidence principale bénéficie d'un abattement de 20 %
Si le conjoint ou un enfant mineur habitait la résidence principale du défunt au moment du décès, la valeur du bien est réduite de 20 % pour le calcul des droits.
Stratégies légales pour réduire les droits
1. La donation tous les 15 ans
Chaque parent peut donner 100 000 € à chaque enfant sans droits de donation, renouvelable tous les 15 ans. Un couple avec deux enfants peut donc transmettre 400 000 € en franchise de droits sur 15 ans.
2. Le démembrement de propriété
Donner la nue-propriété d'un bien à ses enfants en conservant l'usufruit permet de réduire l'assiette taxable. La valeur de la nue-propriété est calculée selon un barème fiscal basé sur l'âge de l'usufruitier.
3. Le contrat de mariage ou le PACS
Se marier ou se pacser avec son partenaire permet une exonération totale des droits de succession. Pour les couples qui souhaitent se protéger mutuellement, c'est la mesure la plus simple et la plus efficace.
4. L'assurance-vie
Alimenter un contrat d'assurance-vie avant 70 ans permet de transmettre jusqu'à 152 500 € par bénéficiaire hors succession.
5. Le pacte Dutreil pour les entreprises
Pour la transmission d'une entreprise familiale, le pacte Dutreil permet d'obtenir un abattement de 75 % sur la valeur des parts, sous conditions d'engagement de conservation.
Comment payer les droits de succession ?
Les droits sont exigibles dans les 6 mois suivant le décès (12 mois si le décès survient hors de France métropolitaine). Au-delà, des intérêts de retard s'appliquent (0,20 % par mois).
Si les héritiers ne disposent pas des liquidités nécessaires, plusieurs options existent :
- Paiement fractionné : étalement sur 1 à 3 ans (parfois 10 ans pour les entreprises)
- Paiement différé : en cas de succession incluant principalement des biens immobiliers ou non liquides
- Dation en paiement : remise d'une œuvre d'art ou d'un immeuble à l'État en règlement des droits
Anticiper pour protéger ses proches
Les droits de succession peuvent représenter une charge lourde, surtout si le patrimoine est composé majoritairement d'immobilier. La bonne nouvelle : avec une planification en amont, il est possible de réduire significativement cette charge.
La première étape est d'avoir une vision claire de votre patrimoine, de vos volontés et de votre situation familiale — le tout centralisé dans un endroit accessible à vos proches.
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FAQ
Les droits de succession ont-ils changé en 2026 ?
Les barèmes et abattements restent stables en 2026. La dernière revalorisation significative remonte à 2012. Des discussions politiques sur une réforme de la fiscalité successorale ont lieu régulièrement, mais aucune modification majeure n'est entrée en vigueur en 2026.
Un enfant hérite-t-il automatiquement si son parent décède ?
Oui, en l'absence de testament, les enfants héritent automatiquement selon les règles de la dévolution légale. Mais ils peuvent choisir d'accepter la succession, de l'accepter à concurrence de l'actif net (pour se protéger des dettes), ou d'y renoncer.
Peut-on déshériter ses enfants ?
Non, pas totalement. En France, les enfants bénéficient d'une réserve héréditaire : une part minimale que vous ne pouvez pas leur retirer. Pour un enfant, cette réserve est de 50 % de la succession. Pour deux enfants, 66 %. Pour trois ou plus, 75 %.
Que se passe-t-il si les héritiers ne peuvent pas payer les droits ?
Ils peuvent demander un paiement fractionné ou différé auprès du notaire. Il est aussi possible de vendre un bien de la succession pour financer les droits. En dernier recours, un héritier peut renoncer à la succession s'il estime que la charge fiscale est trop lourde.
Les droits de succession s'appliquent-ils aux dons faits de son vivant ?
Les donations effectuées moins de 15 ans avant le décès sont rapportées fictivement à la succession pour le calcul de l'abattement. Si vous avez déjà utilisé votre abattement de 100 000 € via une donation il y a 10 ans, vous ne disposez plus que du solde non utilisé au moment du décès.