Héritage numérique

Que faire des mots de passe et comptes en ligne après un décès ? (guide 2026)

Que devient un compte Facebook, Gmail, Amazon ou Netflix après un décès ? Comment transmettre ses mots de passe à ses proches ? Guide pratique pour gérer l'héritage numérique en France.

10 avril 202610 min de lecture
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Quand quelqu'un décède, ses proches se retrouvent souvent face à un problème nouveau et mal anticipé : que faire de ses comptes en ligne ? Comment accéder à ses emails pour récupérer des documents importants ? Que devient son compte Facebook ? Ses abonnements continuent-ils de prélever ? Ce guide répond à toutes ces questions.


L'ampleur du problème : votre vie numérique après vous

En 2026, une personne adulte possède en moyenne 70 à 100 comptes en ligne : messageries, réseaux sociaux, banques, administrations, streaming, achats, stockage cloud... Chacun de ces comptes représente une question à résoudre au moment du décès.

Selon la loi française (loi pour une République Numérique de 2016), toute personne a le droit d'organiser le sort de ses données numériques après sa mort. Mais dans la pratique, la grande majorité des gens n'ont rien préparé.


Les comptes bancaires en ligne

Que se passe-t-il automatiquement ?

Dès que le décès est déclaré à la banque (par les héritiers ou le notaire), tous les comptes sont bloqués. Aucun retrait n'est possible, aucun virement ne peut être effectué. Ce blocage est immédiat.

Les prélèvements automatiques en cours (loyer, assurances, abonnements) sont suspendus — ce qui peut créer des impayés si personne ne prend le relais rapidement.

Comment les héritiers récupèrent-ils l'argent ?

Après le déblocage par le notaire et la régularisation successorale, les fonds sont intégrés à l'actif de la succession et répartis entre les héritiers. Cela peut prendre plusieurs mois.

Exception : les sommes déposées sur un compte joint continuent d'être accessibles au co-titulaire survivant (généralement le conjoint).


Les réseaux sociaux

Facebook / Meta

Facebook propose deux options pour un compte de personne décédée :

  • Mémorisation : le profil est transformé en espace de commémoration. Le mot "Mémorisé" apparaît à côté du nom. Les anciens posts restent visibles mais aucune connexion n'est possible.
  • Suppression : le compte est définitivement effacé avec toutes les données.

Un proche peut faire la demande via le formulaire dédié de Facebook, avec un justificatif de décès. Il est aussi possible de désigner un contact légataire de son vivant (dans les paramètres du compte), qui pourra gérer le compte après le décès.

Instagram

Même approche que Facebook (appartenant au même groupe). La mémorisation ou la suppression peut être demandée par un proche justifiant de son lien avec le défunt.

LinkedIn

Le compte peut être signalé pour suppression par un proche ou un membre de la famille. LinkedIn ne propose pas de mode de mémorisation.

Google (Gmail, YouTube, Google Photos...)

Google propose un outil appelé Gestionnaire de compte inactif qui permet de configurer de son vivant ce qui se passe avec son compte après une période d'inactivité prolongée. Vous pouvez désigner des personnes qui recevront une notification et pourront accéder à certaines données.

En l'absence de configuration préalable, les proches peuvent contacter Google pour demander l'accès aux données ou la suppression du compte, avec justificatifs.


Les services d'abonnement (Netflix, Spotify, Amazon...)

Ces services continuent de prélever tant que le compte n'est pas résilié ou que le moyen de paiement n'est pas bloqué. Si la carte bancaire du défunt est bloquée suite au décès, les prélèvements échoueront automatiquement — mais des relances et pénalités peuvent s'ensuivre.

Ce qu'il faut faire : lister les abonnements du défunt et les résilier un par un, en contactant le service client de chaque plateforme avec un justificatif de décès.

C'est fastidieux. C'est pour cette raison que disposer d'une liste de tous les abonnements actifs du défunt est extrêmement précieux pour les proches.


Le stockage cloud (iCloud, Google Drive, Dropbox...)

Ces services contiennent souvent des documents importants : photos, vidéos, fichiers personnels. L'accès après décès est généralement possible pour les héritiers, sur présentation d'un acte de décès et d'un justificatif du lien de parenté.

Apple iCloud : procédure de transfert de données possible dans certains pays, pas encore systématisée en France. Il est fortement recommandé d'activer le Contact héritier dans les réglages de son iPhone/iPad de son vivant.

Google Drive : le gestionnaire de compte inactif permet de désigner à l'avance des personnes qui auront accès.


Le problème des mots de passe : comment les transmettre ?

C'est la question centrale. Pour accéder aux comptes d'une personne décédée, les proches ont besoin des mots de passe. Mais les laisser en clair sur un papier ou dans un fichier non protégé est risqué.

Ce qu'il ne faut pas faire

  • Laisser un fichier Excel avec tous ses mots de passe sur son bureau
  • Envoyer ses mots de passe par email ou SMS
  • Les noter dans un carnet non sécurisé facilement accessible

Les bonnes pratiques

Le gestionnaire de mots de passe avec partage d'urgence : des outils comme Bitwarden ou 1Password permettent de désigner un contact d'urgence qui peut demander l'accès en cas de décès. Vous avez alors un délai pour refuser — ce qui protège contre les abus de votre vivant.

Le coffre-fort numérique avec accès posthume : c'est l'approche la plus sécurisée et la plus complète. Vous stockez vos informations sensibles dans un espace chiffré, et vous définissez des conditions et des personnes qui y auront accès uniquement après votre décès.

EverGuard propose exactement cela : un espace sécurisé où vous pouvez noter vos comptes et accès numériques importants, définir vos mandataires de confiance, et vous assurer que vos proches disposeront de toutes les informations nécessaires au bon moment — sans que ces données soient accessibles de votre vivant sans votre accord.


La valeur financière de certains comptes numériques

Certains comptes en ligne ont une valeur financière directe :

  • Crypto-monnaies (Bitcoin, Ethereum...) : sans la clé privée ou le seed phrase, les crypto-monnaies sont définitivement perdues. Des millions d'euros de cryptos sont inaccessibles chaque année faute de transmission des accès.
  • Comptes PayPal ou Lydia avec solde positif
  • Portefeuilles de jeux vidéo (Steam, PlayStation) avec des achats importants
  • Comptes d'affiliation ou de monétisation (YouTube, blogs, sites e-commerce)
  • NFT ou actifs numériques sur des plateformes blockchain

Ces actifs doivent idéalement être listés dans votre succession et faire l'objet d'instructions claires pour vos héritiers.


Ce que dit la loi française

La loi pour une République Numérique (2016) reconnaît le droit de toute personne d'organiser le sort de ses données numériques après sa mort. Vous pouvez :

  • Désigner une personne chargée d'exécuter vos directives numériques
  • Demander la conservation, la communication ou l'effacement de vos données
  • Formuler des directives générales (confiées à un tiers de confiance ou à un prestataire) ou particulières (service par service)

En l'absence de directives, les héritiers peuvent exercer les droits sur les données du défunt, dans la limite de ce qui est nécessaire pour régler la succession ou honorer sa mémoire.


FAQ

Peut-on accéder au compte bancaire en ligne d'un proche décédé ?

Non, légalement. Accéder au compte bancaire d'une personne décédée sans être mandaté est illégal, même pour un héritier. La procédure légale passe par le notaire, qui régularise l'accès aux comptes dans le cadre de la succession.

Mon conjoint peut-il accéder à mes emails après mon décès ?

Légalement, non — sans votre accord préalable. En pratique, si votre conjoint connaît votre mot de passe, rien ne l'en empêche techniquement. Pour encadrer cela légalement, le mieux est de désigner votre conjoint comme contact d'urgence sur votre messagerie ou de configurer des directives numériques.

Que faire si on ne connaît pas les mots de passe du défunt ?

Pour les réseaux sociaux et services en ligne, contactez directement chaque plateforme avec un acte de décès. Certains proposent des procédures de récupération pour ayants droit. Pour les comptes bancaires, passez par le notaire. Pour les cryptos sans clé privée connue, les fonds sont en général irrécupérables.

Un testament peut-il inclure des instructions pour les comptes numériques ?

Oui, et c'est recommandé. Vous pouvez inclure dans votre testament (ou dans un document séparé joint à votre succession) des instructions pour chaque compte important : qui doit y accéder, que faire des données, qui récupère les éventuels actifs. N'indiquez pas les mots de passe dans le testament lui-même (document public après le décès) — référencez plutôt l'endroit où les trouver de façon sécurisée.

Les abonnements continuent-ils après le décès ?

Oui, automatiquement, jusqu'à résiliation ou blocage du moyen de paiement. Les proches doivent les identifier et les résilier un par un. Garder une liste de ses abonnements actifs est un cadeau précieux à leur faire.

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